Préface de mon prochain livre : Frôlements émotifs ( sorti en septembre 2021 ) Francis Vladimir, le 27 mars 2021

Posted by on mars 29, 2021 in Evénements | 0 comments

PRÉFACE.

Tel un Sisyphe…

Aller au plus haut jusqu’au sommet et redescendre. Ouvrir les portes et les fenêtres d’un semblant de décor, faux-fuyant, perspective qui toujours se déplace. On ne sait plus ce qui ouvre sur quoi, de la porte ou de la fenêtre. Gravir la pente donc, de la Sainte-Victoire, se dépouiller de tout , jeter l’enfermement. Se reconnaître poète dans l’amnésie du monde. Le pèlerin impénitent.Troublante adresse à celui qui se cherche. Les mots-prières entre fatalité et abandon. Un oremus clamé en-haut de la montagne. Requiem salvateur pour âme double et troublée, écartelée, entre le Dieu aimé et la femme glorieuse. Accepter sans faillir ce Dies irae, la colère du jour, sans attenter à l’espérance. L’absence profile son spectre en se retournant. Dernier regard jeté. La solitude fardée. La vie foulée aux pieds de l’amour fou. Portrait mouillé de l’ami en allé, l’homme so british. L’amertume des larmes contenues. La mort inopportune. Le vin de l’amitié fragile. Premier baiser annonciateur.

Quelque chose a frémi et s’est détaché ( Ekaterina Yossifova). S’en tenir au texte, sans en référer aux précédents, écrits au long d’une gestation constante que le poète porte continûment, du début à la fin de son itinéraire, de son voyage au bout la nuit, au pays de la divagation. C’est donc un accomplissement que ce dernier-né. De durée aléatoire car le poète est misanthrope. Le temps qu’un autre texte ne vienne sinon se substituer du moins reprendre, approfondir, creuser, biner, désherber ce que le poète croyait de toute éternité ensemencé dans les prairies du ciel. S’il est dit frémissement, s’il est dit détachement, c’est que le corps est le rempart qu’il faut abattre. Les briques dégringoleront sous les coups de boutoir que les mots, montant à l’assaut, de texte en texte, de poème en poème, de vers en vers, s’évertuent à donner. La pluie et les larmes feront poème. Plus tard dit d’emblée, l’ami Mandin. Je pleure,/pour mon père des deux yeux./ Nous verrons plus tard si cela fera poème. Et c’est ce plus tard qui est questionné dans l’immédiateté et dans la filiation,/ Dans le froid bleu du père./Désormais/absent/froid/bleu .

Mandin aime les femmes. Il l’a proclamé dans des écrits nommément dédiés. Qu’importe qu’elles aient été femmes d’ailleurs, femmes des autres. Car Mandin, dans l’obsession que pourrait être la possession, au sens banal, conquérant, ancestral, maladroit et brutal où l’entendent les hommes, préfère l’élégance de l’hommage. Appuyé. Dans tous les sens du terme, spirituel, charnel, sensuel, érotique, âpre et poétique. Face à la pluie et aux saints de Glace. Et à contresens bien sûr. C’est ainsi qu’elle entre en lui, /avec une légèreté, /et,/ douceur, qu’il devient muet en jouissant !/ Trouvère de l’amour, venu de ce temps où la femme était clamée, il la nomme dans des pages empreintes d’une lassitude émotive, les yeux ouverts, les sens en embuscade. D’autres, moins aguerris, auraient lâché le mot de nostalgie. Il n’en est rien. Ce qui fait œuvre ici, c’est la lucidité de l’instant qui passe, le frôlement, l’esquisse de la caresse. Controverse de l’individu face à l’écoulement du temps. Ce temps compté et décompté. Le compte à rebours au fil de l’eau de pluie et des aventures, des amours et du grand amour. En musique. Le poète truffe sa trajectoire poétique, sa mise en orbite dans le cosmos des mots, de ses musiques de concert. Primauté de Mozart, effleurement de Schubert, engloutissement de Debussy, du piano et de la guitare, de ses interprètes, hommes et femmes, fado, blues, country, flamenco, notes éparpillées qui viennent à l’oreille comme le fruit à la bouche. Les coloris dans les mots, les émerveillements dans les pages, les tendresses cachées, l’obstination bourrue, les renversements dans le sens. La vacuité sur laquelle on se tient. Sur le reflet de la laque noire/, elle lui sourit./ Lui contemple ses doigts,/ de la même couleur que les touches.

Le décor planté, reste à s’aventurer, à faire lecture, à tourner les pages, à se laisser aller, porter, s’envoler sans autre forme de procès que de goûter à un texte protéiforme qui vous pose son homme. Son poète. On s’essaye à dire le ressenti, le vibrato, l’émotion du poème qu’on lit. Cela fonctionne ou ne fonctionne pas. C’est l’épreuve du risque. Poétique. La lassitude plus que la solitude. Le frôlement plus que le toucher. La confusion aussi. C’est en cela que le texte de Mandin cabre l’âme bien pensante. Il dit cet effacement de soi qui ne dit pas son nom mais opère de façon souterraine à l’éphéméride de la vie. Une mise à l’écart. La gomme y joue un rôle sans appel. Simple constat ou cruelle désillusion. Un arrangement à la Kazan. De coup de poker en coup de poker. On ne sait jamais ce qu’à la fin des fins on retiendra de l’existence. L’illusion ou l’imposture. Lui, s’acharne à se confronter, bien plus qu’aux fantômes et qu’aux souvenirs, aux empreintes, à la trace, à la larme intérieure, à la chevelure, à la sensation hallucinée, à tout jamais gardées. Regard posé sur les amours saphiques, quand les salives mélodieuses sur les seins s’écoulent. Ou regard sur la femme totem. Il s’y soustrait pourtant, conscient de l’abîme, du trou noir ou tout amour conduit. Et s’il s’efface, il garde en lui la vanité première. Celle d’aimer. Encore et toujours. Aimer serait donc un jeu d’enfant. Simplissime. Comme aux osselets où le daron, le rouge, comme le nez du clown, s’élève très haut pour ramasser la mise. Mais en amour la mise n’est jamais acquise. Elle se soustrait à celui qui pensait la rafler. Le poète a la tendresse bancale. Ses doigts comme des sémaphores /sont visibles à l’aurore de la vulve, le poète fait son cinéma. Pour finir de naître de lui-même/en lui-m’aime. Pas d’envol, seul le baiser des libellules sur les nénuphars. Le frémissement de l’amour. Sa valeur sûre. Et s’il reste la mort qui lorgne les pleurs autour du gisant, le poète n’est pas indifférent sous la pluie, au son de la guitare et des tourterelles. La lassitude gagne quand l’amour est un train qu’il faut toujours louper. Constat dur, net et sans ambiguïté. L’amour est toujours,/ et,/ toujours en retard…/ D’une rame… l’autre. La locomotive tchou-tchoute en cadence/ comme un harmonica malheureux. Pas de jeu de miroirs. Juste une séparation. Une vitre où viennent les mains se poser. En reflet. Pour réprimer le possible, encenser l’impossible. Le nettoiement de l’être comme on frotte une vitre sale, chiffon en main. Et Je devient Il. Jusqu’à l’imposture. Après la dissolution, la reconquête car le poète n’est pas une image.

La poésie est femme et la femme, lectrice. Au creux du lit. Et le poète immatériel. À la craie émotive. Au point de jeter son Je comme le Hors-je de Mustafa Hamlat. Et le texte piétine, ressasse cette mise aux orties du Je poétique. Par le dédoublement, par le regard de la femme égaré sur lui. Une présence mentale qui inquiète à la façon surréaliste. À l’absurde. Et qui réclame, le sang de l’écrit. Le meurtre symbolique. En écho au silence. Où va notre amour ? dit la chanteuse. À vau-l’eau sur une partition en bécarre émotif, en bémols et en dièses. Prêt à déclencher une émeute car une émotion est un livre en écriture.

Le hérisson lisant des poèmes aux accidentés de la route, ce serait le poète. Pas à pas, il se porte secours, allure déglinguée du promeneur solitaire. Avec son errance américaine et sa prison. Ses rencontres. Son mutisme et ses effritements. Il est comme un point d’exclamation muet. La vie a donc passé sans qu’on en ait pris acte. Dérisoire. Comment savoir si le livre est bien écrit ? C’est là que le bât blesse. À moins d’accepter de vieillir contre soi au milieu des arbres morts. Le cimetière pour jardin. Soliloque du poète, paradoxe vivant. Mort où est ta victoire ? À cette question le poète rétorque : être-là! Se détacher. Se transformer. Après la chute gravir à nouveau la pente. Tel un Sisyphe roulant ses mots seuls, loin des intrigues et du mensonge. Loin du simulacre, de Dieu aussi et de la culpabilité. Pour recouvrer sa force, son unité, sa clarté et entrouvrir, dans un dernier grincement, la porte rouillée. L’ultime.

Francis

lA PORTE ENFERM2E

Vladimir, le 27 mars 2021

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